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Paul CÉZANNE
Aix en Provence
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19 Janvier 1839 - 23 Octobre 1906 ) |
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On connaît les circonstances qui amenèrent Cézanne à L'Estaque à la fin de l'été 1870: la guerre et, vraisemblablement, le souci d'échapper à la mobilisation.
Il dira plus tard à A. Vollard que, pendant la guerre, il a "beaucoup travaillé sur le motif à L'Estaque" et qu'il a "partagé son temps entre le paysage et l'atelier". |
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Le plus singulier des quelques tableaux qu'il peint alors est, sans conteste, "La neige fondue à L'Estaque". Par le choix du motif comme par la facture, cette œuvre tranche fondamentalement sur tout ce que Cézanne peindra à l'Estaque dans les années ultérieures. Il semble qu'il s'y détourne de tout ce qui, plus tard, le retiendra en ces lieux: la mer, les collines qui bornent l'horizon et surtout cette lumière qu'il qualifiera un jour d'effrayante. L'œuvre est sombre, dramatique, théâtrale. Cette nature tourmentée, hostile, douloureuse, nous renvoie au Cézanne visionnaire de la "Tentation de Saint-Antoine" et aux œuvres expressionniste des années antérieures. Cézanne est certes à L'Estaque, mais ce n'est pas L'Estaque qu'il voit. |

La neige fondue à l'Estaque |
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L'Estaque, effet du soir |
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Au cours de l'été 1876, il revient à L'Estaque, et il n'est pas sûr que ce retour soit dicté par les seules exigences de la peinture. Il y peint vraisemblablement "L'Estaque, effet du soir" (Musée d'Orsay), qui représente un des promontoires rocheux si caractéristiques de cette partie de la côte, entre Marseille et Carry.
Quelques années plus tôt, Paul Guigou s'était lui aussi attaché à ce motif du promontoire, dans de nombreux tableaux peints sur cette même côte. Cézanne se serait-il inscrit ici dans une tradition ? ce qui est sûr, c'est que pour ses retrouvailles avec L'Estaque, il s'est placé au ras de la mer, ce qui ne se reproduira plus par la suite. Ce tableau, dont le titre évoque Monet, pourrait bien être la première représentation "impressionniste" de la côte provençale.
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Du mois de juillet 1876 date également la fameuse lettre à Pissarro où il apparaît que le paysage de L'Estaque agit sur Cézanne comme une sorte de révélateur de la peinture à venir. La lettre se termine ainsi: "Dès que je le pourrai, je passerai au moins un mois en ce lieux, car il faut faire des toiles de deux mètres au moins..." . C'est la première fois que l'artiste affirme son désir de revenir à L'Estaque, et la raison, désormais, n'est en rien étrangère à la peinture. Bien au contraire, il sent
- peut-être confusément - que "ces lieux" peuvent lui fournir mieux que d'autres la possibilité de se rapprocher de la "terre promise", de la peinture telle qu'il la rêve. |
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Ce rôle que L'Estaque a probablement joué dans l'évolution de l'art cézannien est signalé par John Rewald, aux yeux de qui le retour à la nature, quelque peu délaissée jusqu'alors, se fait chez Cézanne autour de la trentaine, par l'entremise de L'Estaque: "La magnifique baie de Marseille, entourée de montagnes, les toits de villages entre lesquels des clochers et de hautes cheminées montaient dans le ciel sans nuages, les pins verdoyant sur les collines et le reflet des îles dans l'eau azurée, c'est peut-être toute cette splendeur qui donna à Cézanne l'envie de travailler en plein air" |
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